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Langue et éducation
Monique Pontault Chercheur indépendant © 2009
La question de la langue est inséparable de celle de l’enseignement et, plus généralement, de l’éducation. En effet, la majorité des enfants dans le monde sont confrontés à une situation de plurilinguisme et la langue d’apprentissage scolaire n’est pas toujours leur langue « première ».
Nombre de ces langues « premières » ne sont d’ailleurs pas des langues officielles (inscrites dans la constitution ou dotées d’un statut). Mais elles ne sont pas pour autant des langues étrangères car elles répondent à au moins l’un des deux critères suivants :
- un critère géographique (quand une langue est parlée sur tout ou partie du territoire d’un pays) - un critère ethnique (quand une langue est parlée par une communauté reconnue comme appartenant traditionnellement au pays).
On les désigne par diverses appellations : langues régionales, langues nationales, langues autochtones, langues vernaculaires, langues maternelles, langues locales… Actuellement, l’expression « langues natales » semble se dégager. Notre intérêt pour les savoirs traditionnels nous convie à nous pencher sur ces langues liées à des civilisations de tradition orale, ayant fait l’objet d’une transcription tardive (cf.l’inuktitut) ou dont celle-ci est en cours. C’est le cas notamment des langues africaines.
langues africaines. S’agissant de leur reconnaissance au niveau international, rappelons que l’année 2001 a été marquée par la Déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle dont le Plan d’action comporte plusieurs articles ayant trait à l’enseignement et visant à : - art. 6 : encourager la diversité linguistique dans le respect de la langue maternelle – à tous les niveaux de l’éducation où c’est possible […] - art. 8 : incorporer dans le processus éducatif, en tant que de besoin, des approches pédagogiques traditionnelles afin de préserver et d’optimiser des méthodes culturellement appropriées pour la communication et la transmission des savoirs.
Il n’en reste pas moins que les langues natales sont très souvent absentes des systèmes éducatifs, si bien qu’on en arrive à une situation dans laquelle un jeune doit acquérir un savoir « moderne », ouvert sur le monde, dans une langue qu’il maîtrise plus ou moins, mais qui est fortement valorisée, alors que la transmission des savoirs traditionnels, liés à une culture locale, s’effectue dans une langue qui est véritablement « la sienne » mais dont la marginalisation renvoie ce qu’elle véhicule à un passé obsolète et sclérosant (d’autant plus si cette langue n’a pas d’écriture).
Il est donc urgent de promouvoir ces langues, dont certaines sont en voie de disparition.
Un exermple :
La place des langues amérindiennes en Guyane française
Cette étude a fait l’objet par l’auteur d’une communication au colloque « Francophonie en Amérique » organisé par l’Année francophone internationale (AFI) à Québec-Université Laval, en mai 2003 (Cf. Les Actes de ce colloque sur le site www.ulaval.ca/afi/colloques/colloque2003.)
La Guyane française (cliquer sur le lien)
Le contexte
En France, la révision constitutionnelle votée le 21 juillet 2008 maintient toujours le français comme langue de la République (article 2) mais ajoute que : « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France » (art. 75-1.). La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires de 1992, cependant, n’est toujours pas ratifiée. 75 langues ont été recensées sur le territoire français dont, dans les départements d'Outre mer : - les créoles à base lexicale française : martiniquais, guadeloupéen, guyanais, réunionnais ; - les créoles bushinenge (à base lexicale anglo-portugaise) de Guyane : saramaca, aluku, njuka, paramaca ; - les langues amérindiennes de Guyane : galibi (ou kalina), wayana, palikur, arawak proprement dit (ou lokono), wayampi, émerillon ; - le h’mong (Rapport sur les langues de France remis au ministre de l'Education nationale en avril 1999 par Bernard Cerquiglini, alors directeur de l'Institut national de la langue française (C.N.R.S.).
Concernant ces langues, la Loi d’orientation pour l’Outre-mer (Loi 2000-1207 du 13 décembre 2000 entrée en vigueur le 14 décembre 2000) spécifie (art. 34) : « Les langues régionales en usage dans les départements d'Outre-mer font partie du patrimoine linguistique de la Nation » et « bénéficient du renforcement des politiques en faveur des langues régionales afin d'en faciliter l'usage ». Le département
La Guyane est l'un des quatre départements d'Outre-mer créés par la loi du 19 mars 1946. Tous les textes législatifs nationaux y sont applicables mais peuvent faire l'objet de mesures d'adaptation « nécessitées par leur situation particulière » (art. 73 de la Constitution. Avec 86 504 Km², c’est le plus grand mais le moins peuplé des départements français (206 000 habitants en 2006), avec un taux de croissance de l’ordre de 5 % par an. Ce département offre une extrême diversité culturelle et linguistique puisqu’on y compte plus de 20 groupes ethniques parlant chacun sa langue.
On distingue ainsi :
- les Créoles guyanais : environ 40 % de la population ; - les Amérindiens : environ 3 % ; - les Noirs marrons (ou : Bushinengués) environ 2,5 % ; - les H’mongs (venus du Laos), environ 1,5 % ; - les Métropolitains : 12 % de la population ; - les immigrés : Chinois, Libanais, Brésiliens, Haïtiens, Surinamiens, qui représentent près de 40 % de la population.
L’enseignement La langue d’enseignement est le français et le programme des études le même qu’en France. Il est à tout le moins difficile d’appréhebder la situation et le niveau scolaire des enfants appartenant aux différentes ethnies car la loi française ne reconnaissant que des citoyens libres et égaux, il est interdit de mentionner toute appartenance ethnique ou religieuse*. En fait, la seule chose qu’il soit possible de connaître en Guyane, c’est la nationalité des élèves étrangers. On sait cependant que les enfants amérindiens sont ceux qui connaissent le plus de difficultés scolaires.
*Les choses bougent cependant et un projet de loi sur les statistiques ethniques pourrait être soumis au Parlement.
Les langues amérindiennes sont au nombre de six, réparties entre trois grandes familles linguistiques :
v Famille linguistique caribe : - le kali'na (dit aussi galibi), langue la plus parlée dans l'Ouest, (sur la côte et le Bas-Maroni : AwalaYalimapo, Mana, Saint-Laurent du Maroni, Iracoubo, Kourou. Langue natale de 2100 personnes en 2005. Une normalisation orthographique a été adoptée par la majorité des Kali'na de Guyane en 1997 ; - le wayana (ou roucouyenne, appellation tombée en désuétude), parlé dans la forêt, dans les villages du Haut-Maroni au-dessus de Maripasoula. Langue natale de 200 personnes en 2005. Son orthographe existe depuis assez longtemps. v Famille linguistique arawak: - l'arawak (ou lokono), parlé sur la côte, à Saint-Laurent du Maroni, Matoury. Langue natale de 200 personnes en 2005. Très peu d'écrits ; - le palikur, parlé surtout sur la côte, dans l'Est (Saint Georges de l'Oyapock), ainsi que dans les communes de Roura (village Favard), Régina et Macouria.. Langue natale de 600 personnes en 2005 mais beaucoup l’ont abandonnée pour le créole. Très peu d'écrits. v Famille linguistique tupi-guarani: - le wayampi (aussi connu comme oyampi), parlé dans la forêt, sur le fleuve Oyapock, entre Camopi et Trois-Sauts. Langue natales de 600 personnes en 2005, avec un fort taux de monolinguisme. Peu d'écrits ; - l'émérillon (ou teko), parlé dans la forêt (sur le fleuve Tampoc, entre Elahé et Camopi). Langue natale de 200 personnes en 2005. Très peu d'écrits.
(Les chiffres donnés pour la population sont empruntés à Jacques Leclerc dans L'aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval, article Guyane française. www.tlfq.ulaval.ca).
Les Amérindiens revendiquent par conséquent des mesures linguistiques et pédagogiques qui prennent en compte leurs spécificités.
L’Education nationale continue, semble-t-il, d’hésiter entre un enseignement calqué sur le modèle métropolitain, un enseignement de type français langue étrangère ou une éducation bilingue et multiculturelle. Celle-ci est encore bien timide. La langue natale est prise en compte, au niveau du primaire et dans certaines écoles, par le biais des médiateurs bilingues, suite à une expérience commencée en 1998 qui consiste à former des aides-éducateurs recrutés sur le critère du bilinguisme (français et langue natale). Leur fonction est d’assurer la présence de la langue natale des enfants à l’école. Ils reçooivent une formation linguistique et pédagogique appropriée.
Il existe un centre de recherches et d’applications sur les langues de Guyane qui réunit des chercheurs du Centre d’études sur les langues d’Amérique (CELIA) et de l’Institut de recherche sur le développement (IRD), des actions de formation aux langues, au plurilinguisme, à la transcription des langues locales sont organisées pour les enseignants (Créoles guyanais, Antillais et Métropolitains),avec le concours de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) mais les linguistes sont tous extérieurs aux communautés amérindiennes. C’est donc encore très insuffisant pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouvent des enseignants désorientés face à des élèves qui les comprennent bien mal.
Au final, le système éducatif, outre qu’il évacue la langue natale des apprenants, tient peu compte, dans sa pédagogie, des méthodes traditionnelles d’apprentissage basées sur l’oralité. Quant aux programmes et au rythme scolaires, ils tendent à priver les jeunes de l’initiation aux techniques traditionnelles d’agriculture, de pêche et de chasse adaptées à la forêt équatoriale et dispensées dans un cadre tribal et familial.
Tous ces dénis linguistiques et culturels sont de plus en plus dénoncés par les intéressés. Ceux-ci reconnaissent l’intérêt du français qui permet l’accès aux progrès scientifiques et à la scène internationale, mais ils n’entendent pas pour autant renoncer aux savoirs hérités de leurs ancêtres auxquels les Occidentaux gagneraient d’ailleurs à s’intéresser davantage.
Pour aller plus loin, Contacter, via leur site internet L’Association Solidarité : http://www.solidarite-guyane.org/" target=?
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