Lieux d’initiation

 

 

 

Lieux d’initiation

 

dans la religion Bwiti

 

Monique Pontault

Chercheur indépendant

© 2009

Avertissement : la langue rituelle du Bwiti est le motimbo, créé à partir des langues du centre du pays (Pinji, Tsogho, Simba, etc.), pour permettre l'intercompréhension.  Toutefois, les autres peuples, notamment les Fang, ont introduit leur propre vocabulaire. Ne connaissant aucune langue africaine, j’ai repris les termes que j’ai pu entendre ou lire. La plupart sont Fang (le peuple que j’ai le plus côtoyé). Quant à l’ébanza et aux différents protagonistes qui y jouent un rôle, là encore, il y a des variantes et des évolutions. Je me suis basée le plus possible sur ce que j’ai pu voir et j’ai complété avec l’aide du précieux ouvrage de René Bureau : Bokayé ! Essai qur le Bwiti fang du Gabon, éd. L’Harmattan, coll. « Connaissance des hommes », 1996. Enfin, il ne s’agit ici, bien évidemment, que d’une toute petite partie de la symbolique des lieux présentés (un avant-goût pour ceux qui désireront aller plus loin…)

 

 

Toute remarque, explication, commentaire seront bienvenus. C’est le but de ce site.

 

Les photos ont été prises par moi au village d’Ebando, (Libreville, Gabon) en octobre 2008 (ne pas manquer le site de cette association qui a pour objectif d'aider à connaître les ressources naturelles et culturelles des terres et des peuples de la forêt d'Afrique centrale. www.ebando.org

 

 

ØL’ébanza

 

C’est un corps de garde consacré en temple du Bwiti. Il se présente sous la forme d’un rectangle de 15 à 20 mètres de long sur 5 à 10 mètres de large, ceint d’un muret sur lequel est fixée une palissade de palmes. Le toit est une charpente de bois recouverte de palmes également, ou, de plus en souvent, de tôle ondulée. Le sol est en terre battue.


 

 

Plan et place des protagonistes

 

Plan (cliquer sur ce lien)

 

 

 

 

 

L’ébanza du village d’Ebando

 

                                      

 

L’auvent et la sortie du côté de la mort. On aperçoit le premier pilier et le siège de l’ékambo.

 

 

 

La symbolique de l’ébanza

 

Le panthéon bwiti 

 

Les dieux et leurs correspondants chrétiens

 

Le Bwiti est la présence divine et la religion elle-même.

 

Mebeghé est l’entité suprême qui fit jaillir l’œuf primordial d’où naquit la trinité divine.

 

Nzame, père de la terre et des hommes.

 

Nyingon, la déesse-mère, soeur de Nzame = Eve = la vierge Marie. L’ozambogha représente sa vulve et le deuxième pilier de l’ébanza lui est consacré car elle porte le monde sur sa tête.

 

None = Adam = Noé = Jésus Christ (Nzambia-Pongo).

 

Du cordon ombilical et du placenta de cet œuf naquirent Ekurana (St Michel) et son frère jumeau, Evus (Lucifer). Ils représentent la lutte du Bien et du Mal.

 

 

 La structure de l’ébanza renvoie à plusieurs interprétations qui s’entremêlent :

 

-         Elle représente le corps de l’homme avec ses jambes (l’entrée et la sortie), le sexe au niveau du premier pilier, le nombril (la torche centrale dans la partie appelé missenge, le sein), les bras (les portes de la naissance et de la mort) et la tête (l’autel).

-         Elle représente la vie d’un homme, de la naissance à la mort (mwenge).

 

C’est au centre de l’ébanza, que l’initié « subit » l’épreuve de l’iboga, acceptant la mort symbolique pour renaître dans le Bwiti.

 

 

Le trou de la naissance dans le premier pilier (poteau du Bwiti).

 

 

 

Le deuxième pilier

 

 

 

Les couleurs

 

Le rouge est la couleur des femmes (le sang menstruel que le bassin des femmes est sensé contenir et qui fournit la chair de l’être humain), le blanc celui des hommes (le sperme sensé remplir le bassin des hommes et qui fournit les os de l’être humain).

 

On retrouve ces deux couleurs dans les pagnes, les badigeonnages corporels pratiqués à l’aide de poudre blanche de kaolin (pemba) ou de poudre rouge de paduk, dans la plume rouge de queue de perroquet que l’initié porte au front, rappelant le sang de la naissance et de la mort.

 

 

 

                                                                   

 

 

 

 

Les accessoires

 

Le feu

 

La torche centraleitsamanga, faite de résine d’okumé enveloppée dans une écorce de bois de ce même arbre est allumée le soir de la cérémonie et ne doit pas s’éteindre avant le matin.  Elle symbolise la vie et la mort de l’initié et de chaque être humain. Le Banzi en cours d’initiation ne doit pas se déplacer sans sa lampe-tempête qui lui permet d’être « éclairé » aux mystères du Bwiti. Ekurana porte une torche de fibres enflammées (mupitu) qui disperse les ténèbres dans lesquelles se complait son jumeau Evus.  Le feu est omniprésent dans les cérémonies bwiti.

 

 

                                               

 

Autres accessoires importants : le pagne de raphia, l’élomba, qui est le costume de Dieu, de même que la peau de chat sauvage (okusam), le miroir qui permet à l’initié de voir, les chasse-mouches en fibres qui sont « féminins », le bracelet de raphia au poignet l’initié.

 

[Photos à venir]

 

la musique

 

La corne, getsika, retentit la nuit tombée  pour appeler les esprits des ancêtres quand va commencer une cérémonie.

 

 

 

La tringle sonore, obaka, est None. Associée à la déflagration primordiale et au tonnerre, elle renvoie tant à la naissance qu’à la mort.

 

[Photo à venir]

 

L’arc en bouche, mongango, est associé à Nzame, le créateur dont il reproduit les gémissements de la naissance. Il marque les commencements, intervient au début des cérémonies et quand il y a « renaissance ». Il rappelle aussi les râles du Christ.

 

                                                                         

 

 

La harpe à huit cordes, ngombi,  est Nyingon, divinité sœur de Nzame et de None. C’est la voix de Dieu et le dernier souffle du mourant (Bokayé : « faites silence », mot que l’on prononce en entrant dans l’ébanza. Elle est associée à la mort. C’est aussi le Saint-Esprit (Nsisim-Santy).

 

 

Il faut ajouter les hochets (soké), qui sont « masculins », comme le veut leur forme, la cloche (kendo), les chants et les danses qui rythment les cérémonies du coucher au lever du soleil.

 

 

                                                            

 

 

                                                                     

 

Les  personnages

 

 

Outre les musiciens :

 

 

Sous l’auvent se tient l’ékambo (gardien ) qui est Ekurana, Il fait régner l’ordre et tient à la main une torche. Ce personnage est  assimilé à Saint-Michel avec son épée. A l'opposé,  au fond de l'autel : le Kombo, chef de la communauté.

 

Les Banzie, en cours d’initiation. Un banzi pourra devenir plus tard, au fur et à mesure de ses initiations, Nima, puis Kombwe, peut-être Nganga. Des profanes (Etema) sont également invités aux cérémonies.

 

Le Nima-na-Kombo gardien de la porte de la mort et le Nima-na-Kombo (la Yombo s’il s’agit d’une femme), gardien de la porte de la naissance. Le premier a charge de veiller à ce que la torche centrale ne s’éteigne pas. 

 

Les 3 be-nganga (pl de nganga), devins-guérisseurs qui rappellent la trinité divine.

 

 

 

         

                                                                                                                         

 

 

 

 

                                                                                         

 

 

 

 

Deux autres lieux d’initiation sont liés à l’ébanza :

 

 

                                                                          ØLe njimba

 

Il s'agit d'un terrain clos  que préside le kombo et où commencent les cérémonies, l’eau y tient une place importante. C’est là qu’ont lieu les purifications du banzi.

 

                                    

Le pagne met le banzi qui fait ses ablutions à l’abri des regards

 

Le seau dans lequel macèrent les feuilles récoltées en forêt. Durant les trois jours qui précèdent son initiation, le banzi n'aura que cette eau pour se laver.

 

 

                                                      ØL’otunga

 

C'est le petit espace qui relie le njimba à l’ébanza. Un arbre, ou un poteau, y est planté. Il représente le sacrifice et les participants à la cérémonie en font le tour. Lors des cérémonies un feu est entretenu à cet endroit.

 

 

                                                                         

 

 

 

Enfin, il ne faut pas oublier le lieu d’initiation initial, celui qui les précède tous :

 

 

La forêt 

 

 

 

La cueillette des plantes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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